quand un chaman joueur te prend la main mon pote, au fin fond de la forêt touffue tu flippes
quand tu mates sa face damné, quand tu t'aperçois que ses seules rides se trouvent au coin des yeux, à la commissure des lèvres,
quand tu comprends pourquoi t'es là, sous la jungle, alors que des milliers de bestioles eructent, gueulent, pouffent, piaffent, crient, croassent, te caressent presque comme si c'était toi qui les carressait sans le faire exprès,
quand tu captes tout ça donc alors là tu vois là sur le sol une forme, un truc pas clair, et puis de plus en plus nette, tellement même que tu vois maintenant distinctement à la place de la natte en palme tressée et sous tes pieds croisés en tailleur, tu vois, un signe... ce signe là c'est l'évocation au moins d'un médaillon astèque. Quelques traces géométriques inscrites dans un cercle, et dessus le médaillon, y'a un animal... ton... totem.
Alors t'es plutôt quoi toi dans la vie comme totem? Peut-être Tiglio ou Sumbo, va savoir, anaconda, singe, migale, aah ahhh, non toi t'es tortue ou lézard, sa y est! caméléon, ça te ressembles ça, hein? Et ton pote à côté, c'est un paresseux, en tout cas, toutes ces espèces là elles chantent autour de toi, et la rivière derrière elle fait les coeurs, et les essences, les plantes, énorme les plantes, bien trop énorme les plantes, attention, elle sent la fleur de cannelle, et hume l'arbre à ail, l'humus et l'orchidée te pénètrent et t'inspirent.
L'ombre des arbres même te regardent à contrelune.
Layawaska fait son effet, layawaska, la liane, le vent des âmes. Tu connais, hum? Tu l'a bu layawaska, hein hein, et bah maintenant tu vas la gerber, aaaah tu l'a bu layawaska et bah maintenant TU VAS LA GERBER.
ça monte, putin la vache, c'est fort, et puis ça grimpe encore, tu vas vomir, tu sais que tu vas vomir, faut que tu te lèves, alors tu te lèves, et là balèèse parce que t'as une guibole qu'est beaucoup trop longue alors que l'autre elle est carrément trop ptite, c'est pas grave, tu fais quelques pas vas y, funanbuliste arboricolum croisé avec un couillon de la lune arborescent, allez encore un petit effort, ok tu t'accoudes à un a aïïïïe, pas celui là, l'autre, ça va, tu te penches en avant, tes yeux tombent par terre splouch splouch, tu les ramasses, tu les remets dans ta poche, tranquille et là, seulement là, TU TE VIDEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEES